Archives pour la catégorie Films

Vous avez dit « Vampire »?

Il y a quelques semaines, YouTube fermait la chaîne « MrDomainePublic », qui diffusait des films supposés être dans le domaine public, suite à une plainte pour atteinte aux droits d’auteur de la part de MK2 et du Friedrich Wilhelm Murnau Stiftung (la Fondation Murnau, une cinémathèque allemande).
Cet événement a donné lieu à un article fort passionnant sur le sujet (ici même), sur le blog Scinfolex.com (un blog essentiel pour ceux qui s’intéressent à l’actualité du droit d’auteur en ces temps numériques).

L’article se penche sur le cas « Nosferatu », le chef d’oeuvre de Murnau dont la production avait elle-même, en son temps, eu d’inquiétantes démêlées avec la justice pour atteinte… au droits d’auteur, ceux du roman dont s’est inspiré Murnau à savoir « Dracula » de Bram Stoker. La veuve Stoker avait alors exigé la destruction de toutes les copies du film, demande qui fût honorée et qui fit disparaître à jamais le sinistre vampire.
Seulement voilà, c’était sans compter sur la persistance immortelle du monstre ni sur la passion dévorante du pirate-cinéphile qui conserva une copie interdite, laquelle réapparut quelques années plus tard et fut la matrice de versions successives dont la dernière, restaurée et teintée par le Friedrich Wilhelm Murnau Stiftung, parvint jusqu’à nous.

C’est cette même fondation qui, aujourd’hui, interdit la diffusion gratuite du film.

nosferatu2

Cette sombre histoire de vampires soulève une foule de questions :
Du public, de l’artiste, de l’oeuvre ou de l’ayant-droit, lequel a le plus de légitimité à se repaître du sang des trois autres ?
Si Nosferatu n’avait pas vampirisé Dracula, ce dernier serait-il devenu le personnage fantastique le plus célèbre de l’Histoire du cinéma ?
Une œuvre d’art n’est-elle pas la somme des œuvres d’art passées et à venir ?
Lorsque l’ayant-droit a sucé la substance pécuniaire de l’oeuvre jusqu’à la dernière goutte, n’est-il pas légitime de laisser la dépouille au public et aux artistes qui seuls sauront la ressusciter ?
Plus prosaïquement, une cinémathèque peut-elle justifier d’une extension des droits d’auteur en cas de restauration, aussi coûteuse soit-elle ? N’y a-t-il pas d’autres moyens de financements ?
Quand la loi est injuste, ne faut-il pas désobéir et changer la loi ?

Avec Murnau (et Alphonse Allais),j’en tire cette conclusion :
« De poussière, il revint à poussière… d’où l’importance du plumeau »

Le plumeau, c’est moi. Voici Nosferatu, dans une version non restaurée du domaine public américain.

Si vous voulez un aperçu de la version restaurée, magnifique au demeurant, allez faire un tour ici

Sita chante le blues

Non seulement le film est charmant, drôle, intelligent… mais en plus, il est dans le domaine public!!! L’occasion d’évoquer les films sous licence libre et l’incroyable imbroglio de droits d’auteur auquel celui-ci a dû faire face. Mais d’abord, place au film!

Sita sings the blues (2009) par Nina Paley- CC-0 ou publicdomainmark
Les amours déçus de Sita, princesse indienne, héroïne du Rāmāyana et de Nina, avatar de la réalisatrice, sur fond de blues des années 20.

C’est à la suite d’une longue bataille juridique que Nina Paley a décidé (a-t-elle été contrainte?) de ne pas faire valoir ses droits d’auteur sur son film. En effet, les chansons utilisées dans le film se sont révélées être toujours sous copyright, contrairement à ce que pensait la réalisatrice pour qui ces chansons ont été un source d’inspiration et le socle de son film.

En fait, les enregistrements, vieux de plus de 80 ans, étaient bien dans le domaine public, mais, pour diverses raisons inhérentes à la gestion des droits d’auteur par les géants de l’industrie culturelle, les droits sur les paroles et la composition ont été étendus. Le paiement des seuls droits aurait dépassé de loin le coût du film lui-même. La firme a fini par proposer une entente à moindre coût (50,000$ quand même) mais assortie de tout un tas de contraintes, notamment sur la distribution et la vente de dvd *.

Le film a tout de même eu une belle carrière en festival et est même sorti en salles en France, non sans avoir rencontré quelques obstacles.
Mais ce qui est intéressant, c’est sa carrière sur le net. En effet, Nina Paley s’est, du coup, fortement engagée dans la défense des droits des artistes et des libertés numériques, appuyant un nouveau modèle économique pour les œuvres audiovisuelles allant des produits dérivés au social-financement, en passant par le don. Elle a même contribué à la création d’un nouveau label, le « Creator-endorsed mark » qui stipule que le diffuseur (télé, salle ou site internet) soutient le créateur qui a placé son œuvre sous licence libre en partageant directement avec lui ses recettes, ce qui encourage encore une fois un nouveau modèle économique. Au final, la production est rentrée dans ses frais et le film a rejoint une large audience.

Après avoir été sous licence CC-BY-SA (voir Mentions légales), le film est depuis janvier 2013 sous CC-0 (c’est à dire domaine public, donc encore plus ouvert). La réalisatrice explique ce changement de statut en disant que si un jour quelqu’un s’avisait de copyrighter son film ou de lui coller un quelconque DRM, elle en serait très peinée mais ne le poursuivrait pas en justice pour autant.

Vive le cinéma libre !

* Plus d’infos sur le film : http://sitasingstheblues.com/faq.html

L’ONF anime!

Allez, on reste à l’ONF, cette fois avec une petite sélection très hétéroclite de films d’animation, juste pour le plaisir.

Un classique pour commencer, mais qui me fait toujours rire, par le maître d’entre les maîtres, Norman Mac Laren.

Discours de bienvenue de Norman McLaren par Norman McLaren, Office national du film du Canada, 1961, 6 min 52 s

Une plongée dans le Canada profond avec ses sapins, ses cabanes, ses barrages et ses… mouches noires.

Mouches noires par Christopher Hinton, Office national du film du Canada, 1992, 5 min. Voir aussi la version en anglais, savoureuse.

L’aventure biologique de l’humanité en 5 minutes, il n’y a que l’animation pour faire des prouesses pareilles. A noter, un bestiaire magnifique.

Du big bang à mardi matin par Claude Cloutier, Office national du film du Canada, 2000,5 min 53 s

Les croquis sont parfois plus beaux que les peintures. Ici, une étude sur la marche, émouvante de finesse, de justesse et de poésie. Un autre classique de l’animation canadienne.

En marchant  par Ryan Larkin, Office national du film du Canada, 1968, 5 min

Et pour finir en beauté, Isabelle au bois dormant. Un univers surréaliste, un graphisme à couper le souffle et des gags à mourir de rire!

Isabelle au bois dormant par Claude Cloutier, Office national du film du Canada, 2007, 9 min 13 s

Allez, au lit!