Archives pour la catégorie Films

Le Mutoscope

Poursuivons notre exploration du cinéma des premiers temps avec le Mutoscope. Mis au point avant le Cinématographe des frères Lumière, cette machine fut brevetée en 1894, peu de temps après le Kinétoscope de Thomas Edison dont il tient l’inspiration. En effet, ces deux appareils n’offrent pas de projection sur écran mais un visionnage dans une boite utilisée par une seule personne à la fois. Le Mutoscope (qui est en fait un grand flip book) s’avéra moins cher et plus simple que le Kinétoscope et fit la joie des fêtes foraines, la fortune des premières compagnies de cinéma et le bonheur de nos arrière(-arrière)-grand-mères.
Les films sont évidemment très courts mais remplis de poésie et d’humour.

Pour voir les films, cliquez sur les images

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A nymph of the waves, 1900, American Mutoscope and Biograph Company publicdomainmark Joli exemple de surimpression avec en toile de fond, les chutes du Niagara.

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A tough dance, 1902, American Mutoscope and Biograph Company publicdomainmark Fais-moi mal Johnny! Les prémisses du rock'n roll?

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Betsy Ross dance, 1903, American Mutoscope and Biograph Company publicdomainmark La grâce incarnée... Très moderne en fait!

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Star Theatre, 1902, American Mutoscope and Biograph Company publicdomainmark La magie de l'image par image. Mais pourquoi l'ont-ils démoli ce théâtre?

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At the foot of the Flatiron,1903, American Mutoscope and Biograph Company publicdomainmark Prudence, prends garde à ton chapeau!

Plus long que les autres, ce dernier film fut sans doute projeté sur écran et non pas dans le mutoscope. En effet, dès 1896, la compagnie a son projecteur, le Biograph. Dès lors, elle deviendra leader dans l’industrie du film jusqu’en 1928. Notons que D.W. Griffith fit ses débuts à la Biograph compagny.

A la manière des opérateurs Lumière, Mutoscope and Biograph a aussi beaucoup filmé la vie des américains, à l’usine comme en vacances, les défilés et commémorations, les rues de New York…

Ces films sont conservés et diffusés par la Library of Congress qui en détient plus de 150.

La bête lumineuse

0u « Le goût inaltéré de la viande crue »

Je ne peux résister à la tentation de vous faire partager ce chef d’oeuvre. Une découverte qui m’a fait aimer le Québec avant même d’y mettre un pied.

D’abord, du cinéma direct pur : une caméra au cœur de l’action, en osmose avec le milieu, une intimité profonde avec les personnages. Je n’en attendais pas moins de Pierre Perrault à qui l’on doit, avec Michel Brault « Pour la suite du monde« , une des premières merveilles du genre (ne serait-ce que pour son titre, l’un des plus beaux de l’histoire du cinéma selon moi).

Mais je ne m’attendais pas à une telle débauche, d’humour, d’humanité, de gestes et de verbe (pas toujours très clair) et aussi d’alcool (ce qui n’aide pas…).

Une partie de chasse où le gibier, cette fameuse bête lumineuse, n’est pas celui qu’on croit.

La bête lumineuse par Pierre Perrault, Office national du film du Canada, 1982, 127 min.

Et en prime, un très bel article dans Hors Champs, une revue de cinéma québécoise. L’article offre notamment une définition exemplaire du cinéma documentaire.

STÉPHANE-ALBERT ET LES VISCÈRES DU MONDE par Nicolas Renaud

En avant la musique!

Segundo de Chomón (1871-1929)

Puisqu’il faut un début à tout, commençons par le commencement. En avant la musique!

En avant la musique! (1907) , Segundo de Chomón publicdomainmark

En 1907, Georges Mélies est au sommet de sa carrière mais fortement concurrencé par d’autres firmes. En effet, Pathé Frères fait appel à des bricoleurs de génie comme Segundo de Chomón (1871-1929) afin de réaliser ses propres « fantasmagories ».

La  grenouille (1908),  Segundo de Chomón publicdomainmark Une fantasmagorie, typique de l'époque, particulièrement réussie.

La firme va même jusqu’à réaliser ce qu’on appellerait aujourd’hui des « remake » des films de Mélies comme L’excursion dans la lune, une copie quasiment plan par plan du célèbre Voyage, et d’autres tours de passe-passe.

Le roi des dollars (1905), Segundo de Chomón publicdomainmark Le cinéma ou l'art renouvelé du prestidigitateur.

Segundo de Chomón est un de ces talentueux bricoleurs. Double exposition, surimpression, prises de vue image par image, projection à l’envers…, le cinéaste espagnol essaie tout et dépasse presque le maître. Chez Pathé, il développe même un procédé de colorisation de la pellicule qui deviendra Pathécolor.

La fée Printemps (1902), Segundo de Chomón publicdomainmark Une utilisation délicate de la couleur.

Plus tard, Segundo de Chomón deviendra le grand spécialiste des effets spéciaux. Il assurera notamment cette responsabilité  sur deux chefs d’oeuvre : Cabiria de Giovanni Pastrone(1914) et Napoléon (1927) d’Abel Gance. 

On trouve sur archive.org  une formidable collection de 62 films de Segundo de Chomón. On trouve également sur UCLA Film and Television Archive un de ses premiers films d’animation de marionnettes  dans une  version restaurée : Le théâtre électrique de Bob (1906). Voir également la page Wikipédia qui lui est consacrée.

Et pour notre plus grand plaisir, tous ces films sont dans le domaine public. Nous pouvons donc les télécharger, les utiliser et les partager à volonté!