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Cinéma Passé Présent

Un petit chef d’oeuvre découvert grâce à un réseau social bien connu et dont les commentaires ont suscité chez moi une petite réflexion sur la présence du cinéma.

Tout écartillé par André Leduc, Office national du film du Canada, 1972, 5 min 54 s

« Court métrage expérimental sur une chanson de Robert Charlebois. Grâce à une technique d’animation image par image, le cinéaste André Leduc nous offre une œuvre psychédélique et étourdissante digne des années 1970. »

Indigne d’aujourd’hui ?

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« Wow! Quand je pense qu’il y en a qui croient avoir inventé le vidéo-clip chez Musiqueplus!  Merci d’avoir publié, c’est un de mes beaux souvenirs! »

« Je me souviens du XXe siècle, vous savez l’époque où les budgets nous permettaient d’expérimenter… »

Pourquoi tant de nostalgie ?

« c’était le bon temps » « à cette époque-là on pouvait faire ceci cela… » « du cinéma comme on n’en fait plus »

Les films sont là, présents. Ici et maintenant pour toujours.
Vus aujourd’hui tels qu’ils ont été vus autrefois. Vus tels qu’ils ont été filmés. C’est le présent qu ‘on filme.
Les films ont plusieurs « présences ». Présence du tournage, présence de la projection. Plusieurs vies, comme les chats. Et jamais morts.

Présence. Réal-ités. Modern-ités. Contemporan-ité ?
L’image, le son, la rue, les gens, les paroles, les couleurs, les habits, les chapeaux, les chevaux, les autos, les histoires … sont présents. Vivants.

La nostalgie les prive du présent. Les enterre. On les oublie.

Regarder les films pour ce qu’ils sont, pas pour ce qu’ils ont été.

 

Sita chante le blues

Non seulement le film est charmant, drôle, intelligent… mais en plus, il est dans le domaine public!!! L’occasion d’évoquer les films sous licence libre et l’incroyable imbroglio de droits d’auteur auquel celui-ci a dû faire face. Mais d’abord, place au film!

Sita sings the blues (2009) par Nina Paley- CC-0 ou publicdomainmark
Les amours déçus de Sita, princesse indienne, héroïne du Rāmāyana et de Nina, avatar de la réalisatrice, sur fond de blues des années 20.

C’est à la suite d’une longue bataille juridique que Nina Paley a décidé (a-t-elle été contrainte?) de ne pas faire valoir ses droits d’auteur sur son film. En effet, les chansons utilisées dans le film se sont révélées être toujours sous copyright, contrairement à ce que pensait la réalisatrice pour qui ces chansons ont été un source d’inspiration et le socle de son film.

En fait, les enregistrements, vieux de plus de 80 ans, étaient bien dans le domaine public, mais, pour diverses raisons inhérentes à la gestion des droits d’auteur par les géants de l’industrie culturelle, les droits sur les paroles et la composition ont été étendus. Le paiement des seuls droits aurait dépassé de loin le coût du film lui-même. La firme a fini par proposer une entente à moindre coût (50,000$ quand même) mais assortie de tout un tas de contraintes, notamment sur la distribution et la vente de dvd *.

Le film a tout de même eu une belle carrière en festival et est même sorti en salles en France, non sans avoir rencontré quelques obstacles.
Mais ce qui est intéressant, c’est sa carrière sur le net. En effet, Nina Paley s’est, du coup, fortement engagée dans la défense des droits des artistes et des libertés numériques, appuyant un nouveau modèle économique pour les œuvres audiovisuelles allant des produits dérivés au social-financement, en passant par le don. Elle a même contribué à la création d’un nouveau label, le « Creator-endorsed mark » qui stipule que le diffuseur (télé, salle ou site internet) soutient le créateur qui a placé son œuvre sous licence libre en partageant directement avec lui ses recettes, ce qui encourage encore une fois un nouveau modèle économique. Au final, la production est rentrée dans ses frais et le film a rejoint une large audience.

Après avoir été sous licence CC-BY-SA (voir Mentions légales), le film est depuis janvier 2013 sous CC-0 (c’est à dire domaine public, donc encore plus ouvert). La réalisatrice explique ce changement de statut en disant que si un jour quelqu’un s’avisait de copyrighter son film ou de lui coller un quelconque DRM, elle en serait très peinée mais ne le poursuivrait pas en justice pour autant.

Vive le cinéma libre !

* Plus d’infos sur le film : http://sitasingstheblues.com/faq.html

L’ONF anime!

Allez, on reste à l’ONF, cette fois avec une petite sélection très hétéroclite de films d’animation, juste pour le plaisir.

Un classique pour commencer, mais qui me fait toujours rire, par le maître d’entre les maîtres, Norman Mac Laren.

Discours de bienvenue de Norman McLaren par Norman McLaren, Office national du film du Canada, 1961, 6 min 52 s

Une plongée dans le Canada profond avec ses sapins, ses cabanes, ses barrages et ses… mouches noires.

Mouches noires par Christopher Hinton, Office national du film du Canada, 1992, 5 min. Voir aussi la version en anglais, savoureuse.

L’aventure biologique de l’humanité en 5 minutes, il n’y a que l’animation pour faire des prouesses pareilles. A noter, un bestiaire magnifique.

Du big bang à mardi matin par Claude Cloutier, Office national du film du Canada, 2000,5 min 53 s

Les croquis sont parfois plus beaux que les peintures. Ici, une étude sur la marche, émouvante de finesse, de justesse et de poésie. Un autre classique de l’animation canadienne.

En marchant  par Ryan Larkin, Office national du film du Canada, 1968, 5 min

Et pour finir en beauté, Isabelle au bois dormant. Un univers surréaliste, un graphisme à couper le souffle et des gags à mourir de rire!

Isabelle au bois dormant par Claude Cloutier, Office national du film du Canada, 2007, 9 min 13 s

Allez, au lit!