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Sita chante le blues

Non seulement le film est charmant, drôle, intelligent… mais en plus, il est dans le domaine public!!! L’occasion d’évoquer les films sous licence libre et l’incroyable imbroglio de droits d’auteur auquel celui-ci a dû faire face. Mais d’abord, place au film!

Sita sings the blues (2009) par Nina Paley- CC-0 ou publicdomainmark
Les amours déçus de Sita, princesse indienne, héroïne du Rāmāyana et de Nina, avatar de la réalisatrice, sur fond de blues des années 20.

C’est à la suite d’une longue bataille juridique que Nina Paley a décidé (a-t-elle été contrainte?) de ne pas faire valoir ses droits d’auteur sur son film. En effet, les chansons utilisées dans le film se sont révélées être toujours sous copyright, contrairement à ce que pensait la réalisatrice pour qui ces chansons ont été un source d’inspiration et le socle de son film.

En fait, les enregistrements, vieux de plus de 80 ans, étaient bien dans le domaine public, mais, pour diverses raisons inhérentes à la gestion des droits d’auteur par les géants de l’industrie culturelle, les droits sur les paroles et la composition ont été étendus. Le paiement des seuls droits aurait dépassé de loin le coût du film lui-même. La firme a fini par proposer une entente à moindre coût (50,000$ quand même) mais assortie de tout un tas de contraintes, notamment sur la distribution et la vente de dvd *.

Le film a tout de même eu une belle carrière en festival et est même sorti en salles en France, non sans avoir rencontré quelques obstacles.
Mais ce qui est intéressant, c’est sa carrière sur le net. En effet, Nina Paley s’est, du coup, fortement engagée dans la défense des droits des artistes et des libertés numériques, appuyant un nouveau modèle économique pour les œuvres audiovisuelles allant des produits dérivés au social-financement, en passant par le don. Elle a même contribué à la création d’un nouveau label, le « Creator-endorsed mark » qui stipule que le diffuseur (télé, salle ou site internet) soutient le créateur qui a placé son œuvre sous licence libre en partageant directement avec lui ses recettes, ce qui encourage encore une fois un nouveau modèle économique. Au final, la production est rentrée dans ses frais et le film a rejoint une large audience.

Après avoir été sous licence CC-BY-SA (voir Mentions légales), le film est depuis janvier 2013 sous CC-0 (c’est à dire domaine public, donc encore plus ouvert). La réalisatrice explique ce changement de statut en disant que si un jour quelqu’un s’avisait de copyrighter son film ou de lui coller un quelconque DRM, elle en serait très peinée mais ne le poursuivrait pas en justice pour autant.

Vive le cinéma libre !

* Plus d’infos sur le film : http://sitasingstheblues.com/faq.html

Le Mutoscope

Poursuivons notre exploration du cinéma des premiers temps avec le Mutoscope. Mis au point avant le Cinématographe des frères Lumière, cette machine fut brevetée en 1894, peu de temps après le Kinétoscope de Thomas Edison dont il tient l’inspiration. En effet, ces deux appareils n’offrent pas de projection sur écran mais un visionnage dans une boite utilisée par une seule personne à la fois. Le Mutoscope (qui est en fait un grand flip book) s’avéra moins cher et plus simple que le Kinétoscope et fit la joie des fêtes foraines, la fortune des premières compagnies de cinéma et le bonheur de nos arrière(-arrière)-grand-mères.
Les films sont évidemment très courts mais remplis de poésie et d’humour.

Pour voir les films, cliquez sur les images

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A nymph of the waves, 1900, American Mutoscope and Biograph Company publicdomainmark Joli exemple de surimpression avec en toile de fond, les chutes du Niagara.

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A tough dance, 1902, American Mutoscope and Biograph Company publicdomainmark Fais-moi mal Johnny! Les prémisses du rock'n roll?

betsy

Betsy Ross dance, 1903, American Mutoscope and Biograph Company publicdomainmark La grâce incarnée... Très moderne en fait!

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Star Theatre, 1902, American Mutoscope and Biograph Company publicdomainmark La magie de l'image par image. Mais pourquoi l'ont-ils démoli ce théâtre?

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At the foot of the Flatiron,1903, American Mutoscope and Biograph Company publicdomainmark Prudence, prends garde à ton chapeau!

Plus long que les autres, ce dernier film fut sans doute projeté sur écran et non pas dans le mutoscope. En effet, dès 1896, la compagnie a son projecteur, le Biograph. Dès lors, elle deviendra leader dans l’industrie du film jusqu’en 1928. Notons que D.W. Griffith fit ses débuts à la Biograph compagny.

A la manière des opérateurs Lumière, Mutoscope and Biograph a aussi beaucoup filmé la vie des américains, à l’usine comme en vacances, les défilés et commémorations, les rues de New York…

Ces films sont conservés et diffusés par la Library of Congress qui en détient plus de 150.